Gekko (HCorpo) : “Le voyageur d’affaires recherche flexibilité et sécurité”

L’interview de Fabrice Perdoncini, président de Gekko (HCorpo)

 

L’activité business travel de Gekko (HCorpo) retrouve de belles couleurs avec le printemps et la levée des restrictions sanitaires. Nous avons fait le point avec Fabrice Perdoncini, président de la centrale hôtelière, filiale du groupe Accor. Chiffres, nouvelles attentes des entreprises et des voyageurs d’affaires, lancement de Gekko Technology… Il nous dit tout.

Rédigé par  le Dimanche 3 Avril 2022

 

Chez HCorpo, les hôtels de chaîne prennent le dessus sur les établissements indépendants pour des raisons de sécurité.

Chez HCorpo, les hôtels de chaîne prennent le dessus sur les établissements indépendants pour des raisons de sécurité.

TourMaG.com – Comment se porte l’activité “voyage d’affaires” de Gekko avec sa solution HCorpo ?

Fabrice Perdoncini : Nous avons eu un coup de stress avec Omicron début janvier et des réservations en baisse entre moins 20 et 25%. En mars, nous avons surperformé par rapport au marché avec des factures en hausse de 10% rapport à 2919. C’est 30% pour les prises de commande.

Cela s’explique par l’acquisition de nouveaux clients et par notre portefeuille mixé qui comprend un grand nombre de PME qui voyagent essentiellement en France.

70% de nos déplacements chez HCorpo sont en France, c’est plus 25% par rapport à 2019.

Troisième point : Les clients voyagent moins mais plus longtemps, notre panier moyen a augmenté, cela contribue aux bons résultats d’HCorpo.

A titre de comparaison, c’est plus difficile pour le loisir, le corporate est plus résilient. Avec Teldar Travel, (la solution loisirs pour les agences de voyages NDLR), on est tout juste au niveau de 2019.

Sans doute parce que les agences ont dû mal à recruter et doivent réorganiser leurs agences. Elle vendent aussi de plus en plus les tour-opérateurs pour ne pas prendre de risques sur l’aérien et des vagues d’annulation éventuelles, elle préfèrent le tout package, ce qui freine le redémarrage de Teldar Travel.

 

Un voyageur traumatisé par la crise sanitaire

Fabrice Perdoncini, président de Gekko : "Nous en sommes en mesure d'offrir le meilleur prix à l'instant T".

Fabrice Perdoncini, président de Gekko : “Nous en sommes en mesure d’offrir le meilleur prix à l’instant T”.
TourMaG.com – Le comportement du voyageur d’affaires a-t-il changé ?

F.B : La priorité pour le voyageur d’affaires, c’est la sécurité et la flexibilité. C’est ce qui motive l’acte d’achat, ce n’est plus le prix qui est en troisième position.La flexibilité, c’est de pouvoir annuler en dernière minute, 90% de nos ventes sont annulables sans frais, jusqu’à la dernière minute. C’est plus 15 points par rapport à 2019. La confiance est moins là.

Pour des question de sécurité, il réserve de plus en plus dans des hôtels de chaîne au détriment des hôtels indépendants. En termes de perception, les protocoles sanitaires lui semblent plus solides. Le poids des chaînes hôtelières, c’est 65% contre 48% pré-covid.

Le délai d’anticipation s’est effondré, il a été divisé par deux, de 20 à 10 jours et 50% des réservations se font au mois le mois, c’est vraiment dernière minute, dernière minute.

On l’a dit, il se déplace moins souvent mais plus longtemps. Il recherche du confort, il ne veut plus faire des aller-retour journée, aussi pour minimiser son incidence environnementale. Il veut maximiser et mutualiser ses rendez-vous au cours de son déplacement, c’est un élément très favorable pour l’hôtellerie.

Il veut donc de la flexibilité, de la sécurité et du confort. Le voyageur a été un peu traumatisé par cette crise sanitaire.

 

L’obsession de l’entreprise, le “duty of care”

TourMaG.com – Et du côté des entreprises ?

F.B : L’entreprise, ses priorités sont le contrôle de la dépense et le “duty of care”, le devoir de sécurité qu’elle a auprès de ses collaborateurs. Elle a une seule obsession, c’est que le voyageur réserve par le biais de ses outils, agence de voyages, SBT… Cela permet aux travel managers de contrôler leurs dépense et d’assurer leur devoir d’assistance et de secours.

L’hôtel est le point de chute le plus proche du collaborateur, c’est un point central pour les entreprises afin de “mapper” leur collaborateur, en cas de séisme ou d’attentat.

Pour inciter les voyageurs à utiliser ses outils, l’entreprise doit lui faire comprendre qu’il n’aura aucun frais à avancer. C’est incitatif et non coercitif. Toutes les règles compliquées pour se déplacer dues au covid poussent également les collaborateurs à laisser à l’agence de voyages le soin de gérer leur déplacement.

Elle retravaillent aussi leur politique voyage pour essayer de l’adapter à la situation covid, prioriser les hôtels qui ont des labels sanitaires et éco-responsables.

Elles doivent aussi la retravailler pour faire face à la hausse des prix sur l’hôtellerie liée à la hausse des matières premières et à celles des salaires

Il faut que les acheteurs puissent concilier impacts environnementaux, sécurité des acheteurs et la hausse des prix. C’est pourquoi ils retravaillent leur politique voyage.

On leur amène des solutions pour leur proposer des hôtels qui yieldent un peu moins fort. Grâce à nos différents contrats, nous sommes toujours mieux-disants qu’un Booking ou un Expedia. Nous en sommes en mesure d’offrir le meilleur prix à l’instant T, le best-buy.

Dernière tendance, la RSE. Par définition, le voyage professionnel est extrêmement impactant. On commence à voir apparaître dans les appels d’offres privés 50%, des éléments dédiés à l’impact carbone.

Il y aune vraie préoccupation des services achats “travel” sur ce type de thématique.

A notre stade, comme market place, nous allons collecter les informations des hôtels et les diffuser de manière homogène afin de les rendre lisibles pour les travel managers et les voyageurs d’affaires.

C’est la première étape. Au-delà des chartes, Accor, par exemple, audite chacun de ses hôtels pour connaître concrètement l’impact carbone, c’est un travail de titan. La chaîne veut aussi mesurer son impact “social”, par exemple les achats responsables.

Dès que les hôteliers auront cette data, on sera en mesure de la redistribuer sur notre plateforme.

La valeur ultime pour les entreprises, c’est d’avoir l’entière connaissance de l’impact carbone d’un déplacement, aérien, terrestre, hôtel… Pour l’instant, les établissements n’ont qu’à proposer soit des labels, soit l’adhésion à des chartes. Elles ont besoin d’une donnée claire et fiable.

L’activité économique repart très fort et il y a une vraie compétition pour recruter des talents. La politique voyage est l’un des éléments de rétention, ce n’était pas vrai en 2019.

Autre tendance, c’est le co-working, nous sommes interrogés là-dessus : j’ai un collaborateur qui part une semaine à Barcelone, est-ce que vous êtes capables d’offrir des “tiers lieux” pour qu’ils puissent se poser comme ils en ont l’habitude, en dehors des hôtels. Nous devons agréger des solutions de co-working.

 

Lancement de Gekko Technology pour diversifier les revenus

TourMaG.com – Vous avez aussi lancer une nouvelle offre, Gekko Technology ?

F.B : Nos activité en 2020 et 2021 étaient au plus bas, nous avons donc cherché une solution pour diversifier nos revenus. Nous sommes propriétaires de notre technologie, c’est notre force, nous avons créé une division Gekko Technology, dédié au monde de l’édition et spécialisé dans le monde du travel.Avec la crise, les entreprises ont cherché à digitaliser au mieux leur relation client. Nous avons signé des contrats avec des organisateurs d’évènements sportifs d’envergure internationale pour leur construire une plateforme d’hébergements. Nous avons aussi été sélectionnés par un réseau d’agence de voyages qui veut sa market place.

C’est un modèle très résilient, indépendant de l’activité touristique. C’est une très belle surprise, j’ai deux ou trois coups de téléphone par semaine de responsables de groupe de tourisme qui se renseignent pour savoir comment on peut les aider. On n’aurait jamais lancé cette division sans cette crise.

TourMaG.com – Gekko est une filiale du groupe Accor, les concurrents doivent-ils s’en inquiéter ?

F.B : La question s’est posée au moment du rachat. Tout a été compartimenté, il y une vraie imperméabilité. Je vends tous les concurrents d’Accor, je suis agnostique dans ma distribution. Mon modèle, c’est le best-buy.

Si Accor est vendu, c’est parce qu’ils ont les meilleurs prix, si ça doit être un Marriott ou un Louvre Hotel, c’est eux. Accor n’aurait aucun un intérêt à tuer ce modèle, la force et l’ADN de Gekko.

 

Source : tourmag.com



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